
Dans la méthode du feu, une pointe de métal incandescent était appliquée sur le plastron d'une carapace de tortue (préalablement aminci à cet effet), provoquant au verso de l'écaille une craquelure droite où oblique(*), signe manifeste de la volonté des dieux réputé faste ou néfaste, positif ou négatif, en fonction de son orientation...
La netteté et le sens de la faille étaient souvent ambigus, sujets à controverse entre experts chargés de la consultation. Aussi, afin de lever les doutes, le devin et ses assistants répétaient-t'il systématiquement l'opération.
Une même question était ainsi formulée à gauche sous sa forme positive (pleuvra-t'il) puis concurremment, à droite, sous sa forme négative (ne pleuvra-t'il pas), en une double symétrie à la fois spatiale et sémantique.
Les réponses de ces questions en miroir devaient converger logiquement pour que leur sens puisse être validé. Les questions étaient gravées sur l'os en regard de la fissure divinatoire, accompagnés de la sentence faste ou néfaste, de la date et signée du nom du devin officiant, telle qu'en l'atteste la disposition retrouvée sur les jiaguwen (carapaces de tortues)....
(*) c'est là l'origine des catégories YIN et YANG...

Dans la méthode du bois apparue beaucoup plus tardivement, on utilise un faisceau de baguettes d'achillée que l'on sépare au hasard en deux faisceaux, ce qui permet de déterminer par un décompte numérologique les valeurs yin ou yang de chaque trait tiré en fonction de la valeur du reste des baguettes. On répète l'opération six fois de suite pour déterminer l'hexagramme (" Koua " en chinois) dont on peut ensuite lire l'oracle associé en se référant au texte des Mutations.

Pour les questions les plus graves,les oracles consultaient à la fois la tortue et l'achillée. Les présages favorables ou défavorables (fissures droites ou obliques) révélés par le FEU (carapace de tortue) et les sentences tirées par le sort (alea des baguettes de BOIS) devaient concorder pour que la divination soit consistante, et validée comme telle.
En CHINE, les deux méthodes ont longtemps coexisté, (du moins jusqu'à l'extinction quasi totale de la tortue d'eau : citée dans le "Le Yi Jing" de Cyril Javary), ce qu'atteste l'éthymologie de la langue écrite chinoise (voir in "dictionnaire classique de la langue chinoise de Couvreur", les mots devins, divination, formés sur le caractère "PU";...).
Les devins pratiquants du Yi King étaient nommés " Chamanes au Livre ". Concurremment, les sorts pouvaient être questionnés selon deux méthodes, celle, ancestrale, du feu, utilisant des pyropoinçons, et celle du bois, utilisant des baguette d'achillée.
Comme en Chine, on retrouve au Japon la même tradition de conseillers impériaux,lettrés spécialistes du Yi King, ainsi l'écrivain URABE KENKO, dont le nom honorifique d'URABE signifie "CLAN DES DEVINS". (Retiré sur le tard dans un ermitage bouddhiste, il mourra en 1350, en nous a laissant un recueil d'aphorismes intitulé les "Heures Oisives", et comparable aux "Pensées" de Montaigne...)
La divination par l'écaille de tortue accompagnait traditionnellement l'avènement d'une nouvelle ère, parallèlement aux cérémonies d'intronisation de chaque nouveau Mikado. Elle est perpétuée jusqu'à nos jours, pour l'intronisation de l'actuel Empereur du Japon, au début de cette décennie...
En Occident, où les premières traductions accessibles au grand public datent d'il y a un siècle (version française de Philastre, version anglaise de Legge), ce n'est pourtant que depuis les années soixante que sa pratique s'est véritablement vulgarisée, porté par la vague de la "beat generation", sous la forme de la méthode des pièces.
Cette méthode chinoise moderne est largement adoptée du fait de sa simplicité et de sa rapidité. Dans celle-ci on lance simultanément trois pièces de monnaie ordinaires (des sapèques, en Chine) six fois de suite.
Le tirage est beaucoup plus facile qu'avec des baguettes d'achillée, _mais donne par contre une fréquence anormalement élevée de traits mutables...
Consulter de nos jours le YI KING c'est utiliser une méthode traditionnelle de prise de décision pour déterminer une action adéquate.
L'un des premiers (sinon le premier) programmes à implémenter le Yi King sur ordinateur fut écrit aux USA dans les années soixante, pour les besoins de John Cage, lequel utilisait le Yi King de façon intensive pour composer des musiques sérielles expérimentales, structurées sur l'aleatoire et dans la tonalité de l'instant...
Certains font muter les traits jeunes, comme Jean Choain, auteur de l'"Introduction au Yi King" et médecin acupuncteur. Celui-ci affirme que seuls les traits jeunes sont capables de muter, en lieu et place des traits vieux...Si la distinction est purement sémantique (Il est des jeunes qu'on peut appeler vieux, et inversement), c'est une question de convention nominale qui a peut-être des incidences philologiques (études comparée de textes). Elle signe peut-être un changement de référentiel utile en acupuncture, mais tel que je la conçois, cette différence n'entraine pas d'incidence (statistique) sur les résultats d'un tirage, spécialement dans le cas d'une simulation informatique...
A titre d'illustration, vous allez pouvoir procéder par vous même à un tirage divinatoire (*).
Toutefois, le Yi King n'informe que sur ce que vous savez déjà intuitivement. Il vous permet néanmoins de saisir clairement une situation confuse, incertaine, ou embrouillée, tout en respectant votre libre arbitre....
Lors de ce tirage apparaitront dans l'ordre, selon un shéma désormais classique :
- le premier hexagramme, dit hexagramme d'origine, qui symbolise le moment présent et la constellation des forces en présence.
- les traits mutables qui symbolisent l'action adéquate, en accord avec le temps et les lois du changement, dans un soucis de juste régulation.
- le second hexagramme ou hexagramme muté, encore appelé hexagramme de destination, symbolise un avenir encore en germe, et prognostique de l'évolution de la situation en fonction des lois du changement.
Cette session type peut être étoffée à la lumière d'hexagrammes dérivés ou apparentés, pour préciser le contexte global de la situation, favoriser sa compréhension dynamique et le processus de prise de décision.
(*) L'algorithme utilisé ici (dont le noyau est une fonction javascript génére un nombre aléatoire), implémente la fréquence d'apparition des traits mutables observée dans la méthode de l'achillée. Le programme, construit donc trait par trait, de bas en haut, un arrangement singuliers parmi les 64 possibles, SELON LA MÉTHODE DU BOIS...
1°/ Enoncez votre question sous sa formulation positive (si vous n'avez pas d'idée précise, ce peut être par exemple : Quelle est ma question ?)
Puis effectuez un à un le tirage des traits. Vous obtenez alors votre hexagramme, composé des traits 1 à 6 superposés de bas en le haut, chaque traits sont figurés ainsi, selon sa qualité Yin ou Yang :
Les TRAITS MUTABLES éventuels sont habituellement notés ainsi :
Ils seront ici signalés par les animation suivantes ;


Le système vous demandera de mémoriser le niveau de leur apparition, à telle ou telle position ; "Trait mutable à la N ième place"; ce qui vous sera utile pour la suite de la session, lorsque vous vous reporterez aux "Commentaires des Traits", (pour lesquels les commentaires des seuls traits mutables sont à prendre en compte)...
a) Son numéro d'ordre, de 1 à 64, selon l'ordre standard de classification des hexagrammes ;
b) Son nom, et la traduction de celui-ci ;
c) Le numéro de la page qui lui est consacrée dans la version française de l'ouvrage de référence le plus répandu : " Yi King, Le Livre des Transformations ", de Wilhelm et Perrot, Editions Médicis ;
d) Un résumé sommaire de son sens, avec les commentaires traditionnels du Jugement et de l'Image. S'afficheront alors les commentaires des TRAITS MUTABLES.
Si besoin est, un SECOND HEXAGRAMME métamorphose du premier, pourra être généré selon les règles de TRANSFORMATION, et consulté à son tour...
2o/ Comparez le tirage obtenu à votre question, en veillant attentivement au CONTEXTE implicite de celle-ci.
Selon l'usage oraculaire, cet hexagramme, l'un des 64 possibles sur lesquels repose le système du Yi King, est en correspondance étroite avec la situation actuelle du consultant, c'est à dire en accord intime avec son état intérieur. Il est appelé hexagramme de départ. La sentence canonique qui s'y rattache est réputée traduire la couleur particulière du moment présent selon les lois du changement (les chinois parlent de couplage, d'appariement ). Cela permet, en accord avec la situation, de décider ou non de suivre les conseils rattachés aux traits mutables, et d'infléchir éventuellement le sens spontanné d' évolution de la situation par une action adéquate, efficace et économique puisque dans le tempo juste. L'hexagramme qui en découle est appelé hexagramme de destination.
3o/ Questionnez à nouveau le Yi King en reformulant votre question sous sa forme négative.
Les réponses obtenues devront converger logiquement pour que la session soit valide. Si par exemple vous obteniez un présage nettement favorable pour une question, il devra être de sens opposé pour la formulation inverse...
Vous pouvez maintenant tirer le Yi King en connaissance de cause. Gardez votre objectivité, votre esprit critique, et votre libre arbitre. A ce prix peut-être découvrirez vous à quelles fins l'usage divinatoire du Yi King peut vous être d'une aide précieuse...
(Pour démarrer la simulation, cliquez sur le lien suivant :)